Quelques lignes de l’auteur
Florence Foucart


Mon portrait 

Il y a…

Il y a des mots qui ne veulent pas sortir
Et, qui tendent le poing
Quand ils voudraient prendre une main.
Il y a des mots qui crient : « fous le camp !»
Quand ils pensent : « reviens ! »
Des mots jolis ou crus
Qui parlent de ton cul.
Des mots tendres ou rêveurs
Qui battent avec mon cœur.
Des mots que je ne connais pas
Qui restent bloqués là.
Et, il y a ceux qui sortent
Alors qu’ils devraient pas,
Dans un sursaut d’amour
Dans un tressaut d’humeur.
Des mots, que je connais trop bien.
Ceux qui hurlent la fin
Quand l’estomac est plein,
Ceux qui disent jamais
Quand ils voudraient aimer.
Il y a des mots comme ça
Qui bruissent au fond de moi.


Un monde meilleur
Recueil de nouvelles – 2005
La nouvelle qui a donné le titre au recueil a reçu le 1er prix au concours d'écriture de la ville de Ploërmel.

Extrait de l a nouvelle primée
Réno courut se badigeonner le visage et les mains d'une crème qui camouflait son teint hâlé. C'est avec grand soin qu'il effectuait cette opération. Il ne fallait surtout pas se trahir, pas maintenant, pas si près du but ! L'opération terminée, il se précipita dans l'ascenseur qui menait directement au vingtième sous-sol dans les appartements privés du Maître. Là, devant un grand mur couvert d'alvéoles octogonales, des ombres blanches s'affairaient sur une immense console constellée de voyants multicolores. Chaque alvéole portait une plaque numérotée, des témoins de température, d'hygrométrie et une date d'expiration. Le voile qui en obstruait l'ouverture était plus ou moins bombé suivant l'approche de la maturation. Le Maître était là, avachi dans son fauteuil, supervisant les siens. Comme à chaque fois, un sentiment de dégoût et de haine submergea Réno. Leur peau blafarde qui n'avait jamais reçu le moindre rayon de soleil, leurs cheveux ternes, leurs yeux incolores dû au manque de lumière et l'absence totale d'expression l'écœuraient. La Race des Anciens ! Eux, les Nouveaux avaient tendance à les appeler plutôt la "veille race", les "vieux" ou encore les "souterrains". Ils ne connaissaient rien de l'extérieur. A force de jouer avec l'écosystème, leurs aïeux, persuadés d'être les meilleurs, les plus forts, avaient réussi à provoquer un immense cataclysme climatique. Les catastrophes naturelles qui s'ensuivirent rendirent la vie terrestre impossible. Certains s'y étaient préparés. Ils avaient prévu une solution de repli dans les profondeurs de la terre. Aux quatre coins du globe, les survivants avaient migré sous la surface attendant le renouveau. Les années avaient passé et leurs descendants étaient là, pitoyables créatures dégénérées. De moins en moins nombreux, cette vie de reclus amoindrissant leur faculté reproductive. Réno savait que cette race allait s'éteindre, emportant avec elle le secret. Le secret de l'existence des "néo sapiens", de son existence. Les Anciens avaient juré de ne jamais le révéler. Il savait qu'à leur disparition, eux, les Nouveaux n'auraient aucune chance de perdurer...