Quelques lignes de l’auteur
Annick Chenu



Extrait 1 "Rester jeune jusqu’à la mort"

Anna reposa le verre d’excellent vin blanc et s’essuya les lèvres. Elle poussa un soupir de profond contentement : elle avait divinement mangé. Un sentiment de béatitude l’envahit. Elle cligna des yeux : le mur sur le côté devenait flou. La mort en surgit et entra dans son salon. Anna regarda le grand squelette approcher. La mort examina méticuleusement la pièce, mais ne décela aucun piège. Elle se tourna alors vers la vieille femme. Rien ne l’avait préparée à l’horreur qui se tenait devant elle. Cette… chose n’était pas humaine ! Qu’était-il arrivé à son visage ? Elle trébucha en reculant précipitamment. Il y eut une envolée de cubitus. Des métatarses s’éparpillèrent. Son affolement fut à son comble quand un son démoniaque s’échappa du fauteuil où siégeait le monstre. Prenant ses tibias à ses cervicales, la mort s’enfuit dans la rue. Anna pleurait de rire. Avec difficulté, elle se dirigea vers la fenêtre. Elle hurla encore plus fort au spectacle de la mort tricotant des rotules au bout de l’avenue.

La mort reprit ses esprits après le virage. Elle se retourna : la chose ne l’avait pas suivie. La rue déserte eut un pouvoir calmant instantané. Le mot lui revint : une momie ! Voilà ce qu’elle venait de rencontrer. Avoir mis un nom sur l’abomination lui rendit son calme. Elle jugea cependant plus prudent de remettre le cas d’Anna Viva à plus tard. Elle lut le nom suivant sur sa feuille
: Alice Cold. Cela tombait bien, sa maison faisait l’angle : le squelette traversa les murs. Elle eut un moment de contrariété : qu’est-ce qu’elles avaient toutes à ne pas dormir ce soir ? Enervée, la Mort se saisit de la femme qui hurla. Cela ne la gêna pas le moins du monde. Au contraire ! Crier faisait partie des réactions naturelles. Pas comme… La mort chassa prestement le souvenir d’Anna. Par contre il fallait que sa cliente abandonne son corps. Non pas que cela lui pose un problème : elle était suffisamment forte mais bon, c’était un poids mort quand même ! Le squelette pouffa. Rire lui fit du bien. Puis la femme cessa de crier et la charge s’allégea subitement. A la bonne heure ! Une moisson d’effectuée ! A la suivante ! C’est alors que lui vint une idée géniale pour régler le cas d'Anna Viva une bonne fois pour toutes. Mais elle allait avoir besoin d'aide.

"Rester jeune jusqu’à la mort" nouvelle dans le recueil "De temps en temps…" - Décembre 2007


Extrait 2 "Rester jeune jusqu’à la mort"

Vu du ciel, le lotissement des Ombrages n’était qu’une succession de briques posées sur des moquettes de gazon sans imagination. Mais, à droite, au fond de l’impasse du temps perdu, une houle de verdure dansait dans le vent du soir. La maison blottie dans cet écrin disparaissait sous une vigne vierge. Les lumières brillaient à toutes les fenêtres.

"Rester jeune jusqu’à la mort" nouvelle dans le recueil "De temps en temps…" - Décembre 2007