Auteur
Jean Gennaro
L’homme-guitare
Il pleut des cordes sur l’homme-guitare.
Aux averses il traverse le fleuve
dans la boîte d’une contrebasse,
suivi de son nouveau quatuor accorte.
Sa gratte sèche a fait peau neuve
pour se changer en violoncelle biplace.
C’est le nonchaland qui passe…
Le vieux patron de l’Univers le hèle
et l’invite à monter à son bord
pour lui jouer ce beau morceau de J. J. Cale,
mais l’homme-guitare n’a pas le temps :
on l’attend dans un de ces bars d’eau
où les conversations roulent sur les bateaux.
Et puis son cœur est à fond de cale :
il n’a pas de nouvelles de la petite oiselle
qui joue pour des bœufs du piano à bretelles.
Poliment il décline l’invitation
avec un rire dépoli d’enfant.
La vie le fait rire et pleurer en même temps.
Il flâne la sienne sur la route qui bouge
à bord de sa pénichette Nuit de Noce.
C’est le nonchalant qui passe…
Seul dans la cabine de son coche d’eau
l’homme-guitare est secoué de solos.
L’oiselle a suivi le sillage d’un célibatteur,
un type qui n’a que le rythme dans la peau.
Si elle revient un jour voir s’il l’attend encore,
elle ne trouvera plus personne à bord.
Sur les bateaux aussi,
l’amour s’émousse
marin d’eau douce…
L’homme-guitare connaîtra la gloire et les palaces,
la Gitane du fleuve le lui a prédit,
il s’effacera d’ici sans laisser de traces.
C’est le nonchalant qui passe…
Jean Gennaro